Numérique et innovation : L’avenir de la profession d’avocat

Extrait – REVUE PRATIQUE DE LA PROSPECTIVE ET DE L’INNOVATION N°1 – MARS 2017

Entretien avec  : Kami HAERI, avocat associé August & Debouzy, ancien secrétaire de la Conférence, ancien membre du Conseil de l’Ordre

« Il est encore temps » conclut le rapport de 138 pages sur « L’avenir de la profession d’avocat » remis le 2 février 2017 à Jean-Jacques Urvoas, garde des Sceaux, par Me Kami Haeri, avocat au barreau de Paris. Dans sa lettre de mission datée du 20 octobre 2016, le ministre écrivait : « La profession d’avocatsme semble aujourd’hui traversée par le doute sur son avenir. Et cette inquiétude paraît concerner également, et assez largement, les jeunes avocats, ce qui constitue un constat inquiétant ». Sur la base de 130 entretiens conduits avec des avocats, des représentants de la profession, des universitaires et des juristes d’entreprise, la commission formule 50 propositions : de la formation à l’innovation, de l’excellence à la mobilité, de la compétitivité à l’attractivité, le rapport propose un socle de réflexions et trace les lignes de l’avenir d’une profession bousculée par des changements sans précédent (V. rapport in extenso : www.justice.gouv.fr). Me Haeri revient plus spécifiquement, dans nos colonnes, sur les questions liées au numérique et à l’innovation.

Comment avez-vous abordé cette mission sur l’avenir de la profession d’avocat ?
K. Haeri : Cette mission est née d’une rencontre avec le ministre. Jean-Jacques Urvoas souhaitait qu’on lui propose un regard différent de celui habituellement porté sur l’avenir de la profession d’avocat et sur les questions liées à l’innovation. Ce fût un travail très vivifiant ! Afin d’avoir une vision pluraliste des sujets à traiter, – sur lesquels la Chancellerie nous a laissé totalement libres –, j’ai mis en place une commission paritaire hommes/femmes, avec une représentation égale Paris/Province, plurielle en termes de pratiques et d’exercice professionnel. Quelques mots de méthodologie : nous sommes partis de chiffres et de tendances exprimés par des non-avocats. Nous avions le sentiment que le plus souvent, les travaux de prospective prennent pour point de départ « l’intérieur » de la profession. Pour mener nos travaux, nous sommes partis d’éléments chiffrés relatifs à l’évolution de la société, afin de tenter de dessiner les contours et les dynamiques de la société de demain : son rapport au travail, ses dynamiques démographiques, son rapport au numérique, etc., et ce, afin de permettre aux avocats de se mettre en harmonie avec la trajectoire de cette société, en réorientant sa formation, ses outils et son organisation. La commission s’est imprégnée de travaux d’économistes, de sociologues, de spécialistes de la transformation de grandes organisations (en matière de conseils pour intégrer la génération Y par exemple), de spécialistes du digital et du numérique dans de grands groupes investissant massivement dans la recherche. Côté avocats, nous nous sommes appuyés sur les chiffres de la CNBF. Mais le constat est que la profession manque de chiffres, d’analyses quantitative et qualitative sur un certain nombre de périmètres, notamment en ce qui concerne le parcours de l’avocat, son rapport à la mobilité, pourquoi il entre dans la profession, pourquoi il la quitte.

Au cours de vos auditions, qu’avez-vous constaté de plus surprenant ?
K. Haeri : L’élément le plus stupéfiant concerne incontestablement les disparités de revenus entre les avocats. À la 8e année de barre, il y a un décrochage de 40 % entre les revenus d’un homme et ceux d’une femme [Revenu médian des femmes Paris et Province : 45 916 ³ / Revenu moyen : 65 940 ³ ; revenu
médian des hommes : 73 946 ³ / Revenu moyen : 126 091 ³ : CNBF rapp. 2015]. Notre profession a également un problème d’affichage de la diversité.
Ensuite, notre commission a évacué un certain nombre d’idées reçues comme la prétendue infidélité à la profession. Nos débats internes, notamment à l’occasion des élections, mettent systématiquement l’accent sur ce qui ne va pas, et cela cause du tort aux avocats, à notre image, cela nous dévalorise vis-à-vis du public, de nos clients, de nous-mêmes et plus encore chez les plus jeunes confrères. Au contraire, nous avons constaté à travers les chiffres, comme à travers les auditions, une forte
fidélité et une très grande affection pour la profession, un vrai sentiment d’appartenance. Nous devons rappeler ces éléments en permanence.

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Revue pratique de la prospective et de l'innovation LexisNexis
REVUE PRATIQUE DE LA PROSPECTIVE ET DE L’INNOVATION N°1 – MARS 2017 

Justice – Droit – Société. Regards croisés sur la profession d’avocat.

Auteurs : Louis Degos, Florence G’sell

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